Muse: un show futuriste et angoissant à la "Black Mirror"


14 juillet 2019

Retour sur le double concert au Stade de France : Alors qu'un soleil orangé entame son lent déclin à l'horizon, le générique de "Stranger Things" grésille et résonne dans les enceintes suspendues au toit du Stade de France. Pour son dernier album, Muse a choisi de remonter le temps pour faire corps avec les années 80, terreau d'oeuvres rétro-futuristes adorées par Matt, Dom et Chris. Mais à bien considérer l'énorme show construit par le trio britannique sur ce "Simulation Theory World Tour" c'est plutôt la série anthologique "Black Mirror" qui a servi d'évidente d'inspiration. Déjà en 2015 avec "Drones", la formation exposait son attrait pour les nouvelles technologies, les dérives du futur et l'aliénation du monde, des thèmes suffocants qui prennent véritablement vie sur cette nouvelle série de concerts. Pas l'ombre d'un des trois musiciens lorsque les premières notes résonnent dans l'arène de Saint-Denis sur les coups de 21h20. En guise d'accueil, une patrouille d'agents équipés de visières de protection lumineuses débarque d'une démarche hostile, battant la mesure de l'introductif "Algorithm". D'une trappe secrète, Matthew sort du ventre de l'avant-scène avec une veste LED sur le dos, le regard masqué par des lunettes électroluminescentes. En petite foulée, il rejoint ses comparses pendant que les spectateurs du premier rang sont nerveusement toisés par les gendarmes. Immersion immédiate.

Cette sensation d'être en permanence surveillé par une menace invisible se matérialise sur "Psycho" premier vrai moment de ferveur populaire, puis "Break It to Me". Au son des riffs acérés de la guitare électrique de Matt, la milice réapparaît au bord de l'écran géant déployé sur toute la largeur de la scène pour le descendre en rappel. En combinaisons blanches, des lampes torches dans les mains, les silhouettes nous donnent l'impression de suivre un épisode de "Chernobyl" dont la dimension cataclysmique est renforcée par une profusion de lumières vertes. Sur "Propaganda", nos amis inhospitaliers arrosent la foule d'une épaisse fumée blanche à l'aide de lances dignes d'un film de science-fiction. Hélas, ces mesures préventives n'empêchent pas la propagation d'un étrange virus et bientôt, la plateforme est envahie par une horde de zombies radioactifs... Pendant ce temps, Muse affole les décibels et se déchaîne avec une énergie dévastatrice sur "Plug In Baby", "The Dark Side" et "Thought Contagion". Anxiogène, vous dites ? Attendez de voir surgir, dans un glaçant sursaut, le monstrueux alien articulé qui se tient prêt à nous faire revivre les pires horreurs du film de Ridley Scott !